Fiche de lecture de « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta (4)

Voici ci-dessous la version consolidée de la fiche de lecture de « Zone euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta. Elle consolide les 3 précédents articles sur le livre.

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Synthèse des arguments de « Les taches aveugles de « l’autre euro possible » » de Frédéric Lordon

Ceci est une synthèse personnelle du récent article de Frédéric Lordon « Les taches aveugles de « l’autre euro possible » »

Face au désastre de la monnaie unique, il est temps que la gauche française s’empare du projet de sortie de l’euro

A/ Proposer un parlement de la zone euro pour résoudre la crise de la monnaie unique est inefficace

  • Cela ne peut se faire avant très longtemps : ceux qui peuvent attendre sont ceux qui ont les moyens, qui ne souffrent pas de la situation présente
  • Créer un parlement ne signifie rien s’il n’y a pas de peuple européen, or il n’y a pas de sentiment d’appartenance commun, notamment en Allemagne, et cela ne risque pas de changer avant longtemps

B/ Une Europe démocratique signifie pouvoir débattre des politiques publiques, notamment monétaires, ce que l’Allemagne refuse

  • Le Traité européen interdit ce débat notamment pour les questions économiques et monétaires
  • Si on proposait que le parlement de l’euro puisse débattre du statut de la banque centrale, les règles de déficit et de dette, le régime de la circulation des capitaux, alors l’Allemagne refuserait ou quitterait l’euro (« Gerxit ») car cela touche à son identité profonde

C/ L’expérience grecque permet de montrer que la sortie de l’euro est un projet de gauche et qu’il n’y a qu’une alternative : se soumettre à l’orthodoxie monétaire ou sortir

  1. Une crise humanitaire ne vaut rien face à l’orthodoxie monétaire : si toute politique progressiste est rendue impossible par l’euro, il faut en tirer les conséquences et en sortir
    1. Tsipras montre que changer l’euro de l’intérieur est impossible et il devra faire face tôt ou tard à l’alternative de se soumettre ou de sortir
  2. L’expérience grecque montre bien que la sortie de l’euro n’est pas un projet d’extrême droite, puisque c’est l’extrême gauche qui la porte et que l’extrême droite monte avec la présence des eurolibéraux
    1. Si le FN arrive au pouvoir, il ne sortira pas de l’euro, car les détenteurs de capitaux pactiseraient avec lui, comme cela a déjà été fait dans l’Histoire

Fiche de lecture de « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta (3)

Nous terminons la fiche de lecture sur « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta, dont la première partie est ici et la deuxième là.

Les solutions : une sortie de la zone et un défaut pour la Grèce, la création d’un Etat Fédéral Européen pour les autres

1/ Pour la Grèce, son insolvabilité réduit son choix à 2 possibilités : défaut et sortie de l’euro ou plan Marshall européen par un Etat fédéral

  1. La Grèce est insolvable, sa dette ne sera jamais remboursée en totalité
  2. Les politiques  d’austérité sont un échec
  3. Le choix est entre deux solutions aux coûts équivalents mais qui ne sont pas payés au même moment :
    1. Un défaut et une sortie de l’euro où les créanciers prennent leur perte immédiatement
    2. Un plan d’aides type plan Marshall pour améliorer sa compétitivité et des transferts budgétaires, c’est-à-dire des dons qui seront versés chaque année et ne seront pas récupérés

2/ La sortie de la zone euro est une possibilité crédible pour les Etats en difficulté

  1.  La tendance suivie actuellement aboutira à l’éclatement de la zone euro
    1. Ce n’est pas le meilleur scénario, mais il pourrait toutefois permettre à des pays en difficulté comme la Grèce de s’en sortir, comme l’Argentine, au lieu de mourir à petit feu sous la tutelle destructrice du FMI et de la Commission Européenne
  2. Copier le modèle allemand est impossible et non souhaitable
  3. Les grands changements monétaires comme la sortie de l’euro ont des précédents et les mesures pour les mettre en place sont connues : ce n’est pas la catastrophe annoncée par certains

3/ Toutefois, la meilleure solution reste la création d’un Etat Fédéral Européen

  1. La meilleure solution est de transformer l’euro en monnaie complète
    1. Banque Centrale Européenne au mandat élargi
    2. Etat fédéral européen disposant d’un budget propre important
    3. Gouvernance économique fédérale avec dialogue au niveau européen et national
    4. Création d’un grand marché d’eurobonds pour mutualiser les dettes et un projet industriel tourné vers l’environnement afin de relancer la croissance de long terme
  2. Ces éléments ne suffiront pas à résoudre ce problème structurel : il faut un vrai projet de développement sur tous les territoires pour la justice sociale et l’adhésion des peuples

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Fiche de lecture de « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta (2)

Nous continuons la fiche de lecture sur « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta, dont la première partie est ici.

L’euro a donc désindustrialisé les pays du Sud de l’Europe et affaibli la croissance potentielle européenne, à cause d’une stratégie allemande égoïste

1/ L’euro a désindustrialisé le Sud au profit du Nord et affaibli la croissance potentielle en Europe

  1. L’intégration économique de différents pays sans une politique industrielle produit une concentration de l’industrie dans les régions les plus développées initialement : c’est un résultat bien connu en histoire de l’économie
    1. L’idéologie libérale des dirigeants européens a refusé la politique industrielle qui peut limiter cette polarisation
    2. L’unification financière a facilité cette polarisation, en faisant converger les taux d’intérêt
  2. Cela implique une divergence entre ces régions et donc un appauvrissement des pays pauvres
    1. Cette divergence a été aggravée par l’offensive commerciale lancée par les pays asiatiques et l’Allemagne
  3. Avec l’euro, c’est l’immersion dans la finance dominée par la finance de marché qui a placé la rentabilité exigée hors de portée des projets industriels

2/ L’Allemagne a mené une politique égoïste qui déséquilibre la zone

  1. En réponse à la réunification, l’Allemagne a choisi de retrouver de la compétitivité coûte que coûte, au détriment de ses partenaires
    1. L’Allemagne a ainsi compressé ses salaires en profitant de l’impossibilité de dévaluer pour ses voisins, lui donnant un avantage conséquent
    2. L’accusation d’irresponsabilités des pays du Sud est infondée, car leur dérive de la dette est liée à la mise en place de l’euro et à la politique de compression salariale de l’Allemagne
  2. Si tous avaient fait la même chose que l’Allemagne, comme nous le vivons actuellement, cette stratégie n’aurait pas fonctionné : la demande de tous les pays aurait baissé, provoquant une déflation européenne
    1. Cette stratégie ne peut être un modèle : mathématiquement, tous les pays ne peuvent être exportateurs nets
  3. L’Allemagne développe une rhétorique vide sur le futur de l’union : elle parle d’Europe plus intégrée mais refuse toute action dans ce sens (euro bonds, rôle plus actif de la BCE, etc.), et pense que l’on peut continuer sans rien changer aux règles qui ont provoqué la divergence

Les autres pays n’ont pas les mêmes caractéristiques et donc pas les mêmes besoins que l’Allemagne

 

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Fiche de lecture de « Zone Euro : éclatement ou fédération » de Michel Aglietta (1)

Nous commençons notre séquence sur l’euro en étudiant un auteur favorable à la monnaie unique, Michel Aglietta. Il a notamment écrit plusieurs articles dans les années 80 et 90 en faveur de la création de l’euro.

Ancien éléve de l’Ecole polytechnique et de l’ENSAE, Professeur émérite de Sciences économiques à l’Université de Paris-X Nanterre, Michel Aglietta est Conseiller au CEPII. (Source). Il est également conseiller de Groupama Asset Management (source).

Nous allons résumer ici son livre « Zone Euro : éclatement ou fédération » en 3 articles, dont voici le premier.

L’euro n’est pas viable sans un Etat fédéral européen le soutenant, à cause des différences trop importantes entre les pays qui le composent

1/ La principale faille de l’Euro tient à son originalité : une monnaie sans autorité politique unique la soutenant

  1. L’Euro est une monnaie unique sans pouvoir souverain unique, et la BCE est une institution fédérale dans une Europe qui ne l’est pas
  2. C’est un statut incohérent, unique au monde : cette situation n’est viable tant que les marchés financiers sont calmes, mais ne supporte pas de crise financière
  3. Une monnaie sans Etat avec sa Banque Centrale, son budget et son émission de dette, ça ne peut pas marcher

2/  L’euro regroupe des pays aux économies trop différentes pour que leur taux de change soit fixé à jamais entre elles

  1. La conception de la zone Euro conduit irrémédiablement à la divergence industrielle entre les pays
    1. Les économistes ont en effet observé que dans un espace économique disposant d’une seule monnaie, l’intégration des différentes zones conduit à une polarisation de l’industrie dans les lieux où elle est initialement la plus forte
  2. L’Euro a créé une convergence des taux d’intérêt entre des pays dont les grands paramètres économiques étaient différents
    1. Les créateurs de l’Euro pensaient que la convergence entre pays se ferait automatiquement par rattrapage
    2. Or les investissements dans les pays moins développés ont abouti à une spéculation immobilière et à la consommation à crédit, et au final à une inflation détruisant la compétitivité de ces pays

3/ Le cas précédent du Système Monétaire Européen s’est soldé par un échec

  1. L’Italie et le Royaume-Uni avaient dû sortir du SME suite à la spéculation des marchés, malgré l’action des banques centrales
  2. Comme l’euro, ce système enlevait la souveraineté monétaire aux pays : les taux de changes étaient fixés sur la monnaie allemande alors que les situations économiques des pays étaient hétérogènes

Aucune sortie de l’euro n’est prévue : or dans l’Histoire, les unions similaires se sont soit dissoutes (union latine et union scandinave), soit ont créé une souveraineté politique (Reich Allemand en 1871, avec une union politico-monétaire bâti sur une union douanière, le Zollverein)

La suite est disponible ici

 

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Introduction à la séquence sur l’Euro

 

Ce thème est en partie abordé par des médias importants, mais avec une approche le plus souvent polémique, d’affrontement de personnes et d’invectives, sans analyser de près les arguments.

 

Au final, les arguments de fond sur le débat (pour et contre) ne font pas l’objet, à notre humble avis, d’une présentation claire auprès des citoyens.

 

C’est ce que nous allons tenter de faire, en nous appuyant sur les nombreux ouvrages publiés par des partisans comme des détracteurs de l’euro.
 
Nous verrons ainsi que loin des débats médiatiques pauvres en arguments mais riches en invectives, la plupart de ceux qui se sont intéressés sur le fond du débat ont des diagnostics souvent partagés.

 

En outre, leurs propositions vont bien au-delà de l’alternative « rester dans la zone euro » / « sortir de la zone euro », qui reste simpliste. Ainsi, la sortie de l’euro peut s’accompagner d’une sortie de l’Union Européenne chez certains auteurs, ou au contraire d’un maintien dans celle-ci, avec une conservation du principe fort de coopération monétaire avec les autres pays européens (scénario d’une monnaie commune). De même, chez les partisans de l’euro, les propositions peuvent varier significativement.